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Archives - Curiosité du "Bulletin"

L’eau sous pression à tous les étages

« En buvant l’eau du puits, n’oubliez pas ceux qui l’ont creusé. » Proverbe chinois

La photo mystère du Bulletin du mois de juin 2021, montre un petit pavillon de briques rouges, construit sur une terrasse sise à la Rue de la Promenade 35, avec une toiture de zinc en forme de dôme. Une recherche dans les documents conservés aux Archives communales peut nous éclairer sur l’histoire et la fonction de cette singulière construction.

Le plan de construction de ce pavillon est parvenu jusqu’à nous. Il s’agit d’un projet de l’entrepreneur Charles Folghera pour la « construction d’une chambre de bain sur la terrasse de Mr Ackermann négociant à Bulle » , approuvé le 9 août 1901 par le Conseil communal : « On approuve au point de vue de l’alignement & de l’esthétique, une chambre à bains sur la terrasse du bâtiment […] ».

AVB, Lettre de l’ingénieur Simon Crausaz concernant adduction eau sous pression en ville de Bulle, 16 décembre 1889. Cote MG-02010
AVB, Lettre de l’ingénieur Simon Crausaz concernant adduction eau sous pression en ville de Bulle, 16 décembre 1889.
Cote MG-02010

Si la construction de cette salle de bain3 à l’étage, « bien visible de la place du Marché, signe de distinction sociale aussi efficace à l’époque que nos modernes piscines »4, témoigne d’un luxe et d’un confort à la portée de quelques privilégiés seulement, sa construction « en hauteur » quant à elle, confirme l’arrivée en ville de Bulle d’une innovation plus que significative : l’eau potable sous pression.

L’« Eau Crotti », un premier réseau privé 

En Suisse, à l’instar des grandes villes européennes, l’éclairage (au gaz ou à l’électricité) et l’adduction d’eau potable sous pression se généralisent entre les années 1860 et 1880.

La mise en place d’un tel réseau d’eau évoque, d’un côté, un défi technologique de taille (capter une eau de qualité, l’acheminer et la distribuer en un vaste réseau urbain), et, de l’autre, une volonté politique prépondérante.

En effet, si cette époque est représentative d’une volonté d’innovation technique constante, elle se heurte aussi à des problèmes de santé publique pressants (épidémies de choléra et de typhus). Les autorités, soucieuse des questions d’hygiène, désirent d’autres part lutter contre les incendies par la pose de bornes hydrantes.

Mais qu’en est-il de Bulle ?

Vers 1850, la ville compte une vingtaine de fontaines publiques, alimentées par un modeste réseau de distribution d’eau potable, qui pourvoient aux besoins en eau des quelques 1500 habitants. Seuls les bâtiments de l’Hôtel de Ville et des abattoirs sont directement reliés aux conduites communales.

Flairant probablement la bonne affaire, une entreprise privée achète, vers 1870, des sources situées sur la rive droite de la Trême, à environ 1 km de la Ville. Ces captages permirent la mise en place d’un petit réseau de canalisations et de distribution. Bien qu’encore dotées d’un faible débit et d’une pression légère, ces conduites alimenteront pendant des années un certain nombre de propriétaires aisés pouvant se permettre ce confort. Parmi ces privilégiés, nous pouvons relever les deux brasseries et les trois hôtels de la ville, dont un était pourvu de bains publics.

Quelques années après, le réseau fut racheté par l’entrepreneur Joseph Crotti, propriétaire d’une entreprise de construction, qui développa la qualité de l’offre. Ce premier réseau privé de distribution d’eau fut par la suite appelé « Eau Crotti »

La lumière électrique détrône l’eau courant

Les efforts pour l’installation d’un réseau urbain de distribution d’eau plus efficient et, surtout, public, commenceront dès 1889. Cette année-là, le Conseil communal charge l’ingénieur géomètre Simon Crausaz et le géologue Dr. Hans Schardt d’établir un rapport d’étude sur la question.

Dans une lettre, datée du 16 décembre 1889 et adressée au Conseiller communal Alexandre Musy, l’ingénieur Crausaz expose leurs résultats.

AVB, Lettre de l’ingénieur Simon Crausaz concernant adduction eau sous pression en ville de Bulle, 16 décembre 1889. Cote MG-02010
AVB, Lettre de l’ingénieur Simon Crausaz concernant adduction eau sous pression en ville de Bulle, 16 décembre 1889.
Cote MG-02010

Outre les données techniques, géologiques et financières, l’ingénieur ne manque pas de souligner, convaincu :« il me semble que […] la Ville de Bulle pourrait se payer l’avantage de posséder de l’eau en pression, cet agent indispensable aux exigences d’hygiène et de confort d’une ville moderne. »

Cependant, nonobstant les avis de l’ingénieur, la question de l’eau sous pression ne sera plus soulevée par le Conseil communal jusqu’au début de l’année 1896.

La raison de cet arrêt momentané du projet peut être expliquée par la montée d’un autre plan d’envergure, aux enjeux financiers majeurs, dans lequel les autorités communales se sont engagées dès 1890 : Etablir un réseau de distribution d’électricité pour l’éclairage public. Ce projet permettrait de renoncer à l’éclairage au gaz.

En 1892, l’usine à gaz de propriété privée cesse définitivement son activité.

En 1893, prenant le relais, la Société électrique de Bulle (SEB) se constitue et inaugure son usine hydroélectrique à Charmey.

Si vous voulez en savoir plus sur les sources qui nous alimentent toujours aujourd’hui, la concrétisation de ce projet d’envergure et des jets d’hydrants atteignant le dôme du clocher de l’Eglise, téléchargez l’article complet ci-dessous dans Documents. 

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